Mission Brachiopodes : stored at – 80°
Depuis le temps que j’en parle, ça y est ! On y est allé, je parle bien sûr d’aller chercher les brachiopodes à bord de l’Antédon. Et ça a été un succès scientifique complet et indéniable ! Mais ça n’a pas été sans mal : la sortie a été retardée 2 fois pour cause de vent d’est puis ensuite de bonne mistralade et puis le bateau, le mythique Antédon, a été fidèle à sa réputation terrible: il bouge de partout, même par une petite houle, il revient sèchement et pour ne rien gâcher, c’est un véritable Sarkoboat pour ‘aménagement, un seul siège : celui du capitaine, pas d’aménagement pour installer les passagers ou même les marins ! Bilan, je n’ai pas tellement tenu le choc et dès la fin du trajet d’allé j’étais pour ainsi dire retourné… et ne parlons donc pas de la phase de dragage qui a été terrible (le bateau évoluant très lentement ou même s’arrêtant, c’est là que ça bougeait vraiment). On m’a dit que la prochaine fois il fallait manger sérieusement le matin, genre omelette au lard/coup de rouge pour avoir quelque chose qui tienne au ventre ou le cas échéant quelque chose à vomir ! Bref, je n’ai malheureusement pu participer que de manière très limité au traitement des brachipodes, heureusement que l’hérédité bretonne de mon directeur de thèse lui assure une résistance à toute épreuve à ce type de désagrément marin. Même mes tentatives au retour pour manger un morceau et boire un coups de pinard se soldère par un échec lamentable et se terminèrent dans le sac isotherme qui m’avait permis de conserver mon casse croûte (un double usage assez inattendu) mais je restais fidèle à ma réput’ : casser la croute en toute circonstance !Au delà de ces considérations gastriques, la journée fut quand même magnifique: les différentes pointes entre les calanques se découpent vues du large comme autant de nuance de gris doré sur chaque plan, au soleil levant. Et les îles de calanques abritant tout une faune endémique, avec l’une d’entre elle qui abrite les géolands de Marseille (bien peinards, ils bouffent les poupelles la journée et retournent dormir dans le parc national le soir). Entre les vagues, des puffins de méditerranée à la silhouette fuligineuse et au vol irréel entre les lame sans aucun mouvement des ailes. Dans l’après midi, sortant de ma torpeur nauséeuse, nous vîmes aussi quelques nageoires de dauphins mais ils restèrent à distance.
Le petit film qui suit montre la remontée de la drague. Ce que l’on remonte est assez dingue en fait, la planète est vraiment pourrie : en trois coups de drague au milieu de nul part, une bouteille de coca et des morceau de métal, acier et alu. Très tripant aussi, des os dont une côté qu’un des marins a malencontreusement rejeté à la mer au grand dame – tout au à fait légitime de Yannick – sans doute des cétacés dont les os prennent avec le temps une espèce de teinte rouille et se délitent très étrange. Tout ça sur un lit de coraux morts depuis la glaciation de wurms avec pleins de tubes d’annélides, tout cela est censé avoir très peu sédimenté depuis cette période ancienne, d’où la facilité à retrouver des amphores ou autre chargement. La méditerranée sert de dépotoir depuis 8000 ans ou même plus – âge de Marseille. Nous avons aussi récupéré un crabe tout allongé et un oursin irrégulier qui ressemble beaucoup aux fossiles qui m’intriguaient quand j’avais 8 ans, que je retrouvaiens dans le juras, avec d’ailleurs pleins de brachiopodes !!!