Biologie et Web 2.0, pas encore ça…

2008 mai 9
by Ferdi

Dans le Nature de cette semaine, un encart fait référence à un post de Nature network, le réseau social de Nature, qui déplore le manque d’intérêt des biologistes pour le Web 2.0, un constat basé sur une analyse approfondie de Bench Mark, le blog de l’éditeur de CSH protocols. Parmi les raisons invoquées, le manque de temps, le manque de réputation des sites, réseaux ou blog et enfin, le manque d’outils appropriés…

J’approuve cette analyse sur bien des aspects, en particulier le manque de temps, pourtant, je pense que d’autres raisons doivent être évoquées. Je remarque, par exemple, que le pari de PloS one de permettre un commentaire en ligne des articles pour évaluer leur intérêt scientifique n’a pas pour le moment donné lieu à de véritable débats. Au mieux, certaines personnes proposent quelques remarques consensuelles, accompagnées dans certains cas des rapports de reviewers acceptant de lever leur anonymat. Le système du peer review est tellement bien établi et ancré dans les mentalités à mon avis, que la critique ouverte et constructive est vraiment quelque chose que beaucoup de biologistes ont du mal à concevoir, d’une part par peur que les critiques provoquent le courroux des personnes concernées, a fortiori si elles sont influentes et d’autre part parce que le simple fait qu’un article soit publié est généralement considéré comme un critère d’irréfutabilité ! On se retrouve donc dans une sorte de bipolarité: d’un côté, sous couvert de reviewing, dans l’anonymat, tout est permis, même la mauvaise foi la plus frappante (je ne jette pas l’opprobre sur tous les reviewers, bien évidemment), de l’autre un  fois un article publié, il est de bon ton d’afficher une béate admiration et un respect immodéré, celui qui rechigne est bien souvent considéré comme un empêcheur de tourner en rond qui crache dans la soupe. Le risque c’est la mise en place d’une sorte d’omerta, où personne n’ose dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas à la pause café… 

En même temps, je remarque que les groupes scientifiques ont du succès sur Facebook, avec par exemple des groupes évodévo, phylogénie moléculaire ou d’autres, je pense donc surtout que les sites existants (j’ai jeté un coups d’oeil à quelques uns) ne sont pas d’une qualité extraordinaire. Quant aux blogs, si leur niche écologique reste encore assez difficile à définir, ils évoluent à mon avis à une vitesse assez importante, représentant pour les chercheurs un moyen de vulgarisation, de polémique et de revendication, des activités qu’ils avaient sans doute  beaucoup de mal à réaliser auparavant. 

A noter également que le groupe Nature s’est profondément investi dans le web participatif, notemment avec son portail network.nature.com mais surtout avec le lancement de Nature Precedings, un serveur de pré-publication de type arXive qui  ne semble pas cependant se développer à une grande vitesse. 

De minces indices semblent suggérer que le web participatif progresse en biologie, certe, de manière hétérogènes: sans doute plus dans les domains “geeks” comme la phylogénie moléculaire et la bioinfo ou au contraire les domaines polémiques comme l’évolution (le blog anticréationniste pharyngula de PZ Meyers est devenu célèbre). Si cette philosophie me paraît plutôt en contradiction avec l’état d’esprit actuel général, elle pourrait sur la durée amener des changements profonds dans le fonctionnement de notre (chère) discipline.

2 réponses leave one →
  1. 2009 avril 22

    Comme quoi la technologie fait tout. Il ne suffit pas d’avoir un réseau et une volonté mais il faut un outil adapté et pensé pour un usage…

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  1. Humans in Science » Build it because you can

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