Onychophore academy

2009 octobre 31
by Ferdi

Les phyla énigmatiques aiment semer la zizanie! Ainsi, non contents d’être probablement l’objet d’une des énigmes paléontologiques les plus célèbres avec le cas d’Hallucigenia, dont le nom rappelle d’autres temps où le LSD coulait à flot, les onychophores ont été récemment à l’origine d’une des polémiques de la rentrée dans le milieu des zoologistes. Dans son numéro du 28 août, la prestigieuse revue PNAS (comptes rendus de l’académie des sciences américaine) a publié un article de Donald Williamson proposant l’hypothèse saugrenue que les chenilles aient évolué par hybridation entre un onychophore et un insecte! L’auteur ne propose aucun résultat original pour soutenir sa thèse, mais annonce qu’elle est testable par analyse des données génomiques. Tout cela s’inscrit dans la cadre d’une théorie plus vaste de ce professeur de l’université de Liverpool à la retraite, dans lequel les phénomène d’hybridation jouent un rôle fondamental dans l’évolution des métazoaires, en ayant par exemple, permis l’acquisition des formes larvaires dans divers phyla (e.g. larves pluteus bilatérales des échinodermes).

La publication d’un tel article peut donc paraître choquante, à la fois par l’aspect fantaisiste de son message, que par la légereté de la démonstration, qui laisse à d’autres le soin de faire le travail expérimental. Cela a été rendu possible par le fait que PNAS offre une possibilité pour certains membre de l’académie des sciences américaines de superviser entièrement l’évaluation d’un article proposé à publication (track I). Dans le cas présent, il s’agit de Lynn Margulis, mère de la théorie endosymbiotique, sans doute l’une des plus marquantes avancées du XXème siècle. Dans cette perspective, il n’est pas ahurissant que Lynn Margulis ait pu être sensible à l’idée que l’hybridation puisse jouer un rôle dans l’évolution des animaux, puisque l’endosymbiose peut d’une certaine manière être assimilée à une hybridation.

Pourtant, le tollé provoqué par cet article et les lettres de protestation et autres rebutal papers qui ont suivi  m’ont paru disproportionnées,  surtout dans la mesure où les indices génomiques de telles hybridations auraient été détectées de manière a priori évidente rendant la contradiction de cette thèse aussi immédiate qu’aisée! Cette manière de pousser des cris d’ofraie, ou comme le chanterait Alpha Blondy, de “tirer sur l’ambulance”, (passez moi la référence, lien Spotify) montre le peu d’ouverture d’esprit, et d’humour, dont certains font preuve. Il ne faut justement pas oublié que certaines théories, comme la dérive des continents ou justement l’endosymbiose, ont été accueillies en leur temps comme des hérésies par la communauté scientifique, il n’y a pourtant pas si longtemps. Malgré ses dérives, le principe de l’édition par les académiciens pouvait avoir le mérite de permettre une certaine indépendance de vue, que ne garantit par toujours les processus de peer-review traditionnels dans lequel, on assiste bien souvent à un nivellement par le consensus admis. Si l’on souhaite laisser une tribune ouverte aux opinions hétérodoxes, on prend le risque de voir des thèses absurdes apparaître un jour. Ce type d’édition (track I) va disparaître très bientôt dans PNAS mais, sans rentrer dans la polémique, le principe du peer-review n’est pas forcément systématiquement un gage de qualité scientifique.

Ainsi, même dans une revue aussi prestigieuse que Cell, dont la rigueur dans l’évaluation est sans aucun doute l’une des plus élevées en biologie, des situations très problématiques ont pu apparaître, comme le montre cet exemple de 2005 à propos d’un article sur l’insertion de l’ADN de kinétoplastide dans le génome de mammifère infectés. Un problème d’interprétation par Blast a été soulevé par un lecteur de l’article, et après avoir consulté différents experts, le comité éditorial a décidé de rétracter le papier, contre l’avis des auteurs.

Bonus: Une vidéo d’un onychophore en chasse, usant de sa salive gluante.

Une réponse leave one →
  1. 2009 novembre 8

    Je pense qu’il y a plusieurs choses à dire sur cette histoire. A mon avis, la science manque un peu de papiers spéculatifs, c’est vrai; mais en même temps, on pourrait aussi penser que les revues devraient justement avoir des sections spéciales pour de telles propositions.
    Sur les rebuttal paper, je pense que c’est utile d’avoir des “conversations” scientifiques de ce type dans les revues; mais encore une fois, pour les papiers spéculatifs, s’il n’y a aucune preuve dans un sens ou dans l’autre, il n’y a pas lieu. Le “rebuttal paper” devrait être réservés à des papiers plus “solides”, par exemple pour contester des expériences ou des interprétations d’expériences.

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